Il faut arrêter de tourner autour du pot : ce que TikTok fait à la culture western/country n’est pas une tendance, c’est une caricature industrielle.
On n’est même plus dans l’approximation. On est dans une forme de pillage esthétique paresseux, emballé dans des transitions vidéo et servi avec une confiance absolument injustifiée. Et on sait tous que, comme toutes les autres tendances, celle des cowboys finira bientôt aux oubliettes, et ces odieux personnages des réseaux sociaux passeront à autre chose, comme s'il ne s'était rien passé.
✦ Le cowboy et la cowgirl Temu
Le cowboy ou la cowgirl version TikTok n’existent pas. C’est un produit. Un assemblage douteux de signes visuels :
- Un chapeau acheté deux tailles trop grand et trop propre, mal taillé,
- Des bottes qui n’ont jamais vu autre chose qu’un trottoir ou le parquet de leur appartement à San Francisco,
- Une chemise à carreaux qui sent encore le plastique et l'entrepôt ASOS d'où il vient.
✦ Rien n’est vécu. Tout est simulé.
C’est un cowboy qui ne transpire pas, ne travaille pas, ne sait rien faire — mais qui maîtrise parfaitement l’art de se filmer en train de regarder l’horizon… depuis un parking. À l'aide.
Non, mettre un chapeau, un jean Wrangler et des pseudo-santiags ne fait pas de vous John Dutton. Non, même si vous avez le même modèle de Ray-Ban. Surtout si vous ne savez pas vous servir d'une fourche ou ce qu'est un licol éthologique.
✦ Le néant culturel, mais en 4K
La culture western/country, c’est une histoire complexe, parfois dure, enracinée dans un territoire, un rapport au travail, à la communauté, à la musique. TikTok a pris tout ça… et a gardé :
- Le chapeau,
- Les bottes,
- Une vague ambiance “Americana” totalement hors-sol.
Le reste ? Supprimé. Pas assez “engageant”.
On ne parle pas d’une simplification. On parle d’un vidage complet de sens, avec musique country en fond pour donner l’illusion qu’il se passe quelque chose. Beyoncé, on te parle à toi et à ton album pourri ! Danser en slip devant une botte de foin, ce n'est pas faire de la country.
✦Du style sans colonne vertébrale
Ce qui rend cette appropriation particulièrement gênante, ce n’est pas qu’elle existe. C’est qu’elle est mal faite à tous les niveaux. Les vêtements ne sont pas portés, ils sont posés. Les attitudes sont copiées, jamais incarnées. Les gestes sont mécaniques, presque robotiques.
C’est une esthétique sans corps. On dirait des gens qui ont appris “être cowboy” comme on apprend une chorégraphie TikTok : en reproduisant des mouvements sans comprendre pourquoi ils existent.
✦ L’algorithme comme désert culturel
TikTok ne récompense pas la justesse. Il récompense la lisibilité immédiate. Donc forcément : on simplifie, on exagère, on stéréotype. Résultat : la culture western devient un emoji géant. Un truc reconnaissable en une seconde, consommable en trois, oublié en cinq.
Le Far West version TikTok, c’est Disneyland sans les moyens — et sans conscience du ridicule.
✦ Le malaise absolu
Le pire, ce n’est même pas le manque d’authenticité. C’est le décalage violent entre : une culture liée à la réalité, au travail, à la poussière, et des gens qui jouent à s’y projeter… sans jamais quitter leur salon ou dans leur Tesla.
Il y a quelque chose de presque indécent dans cette transformation. Comme si tout pouvait devenir un costume, comme si tout pouvait être vidé, recyclé, monétisé.
✦ Conclusion : un déguisement qui se prend au sérieux
Au fond, le problème n’est pas que ces influenceurs jouent au cowboy. Le problème, c’est qu’ils pensent ne pas jouer. Ils ne rendent hommage à rien. Ils ne transmettent rien. Ils n’interprètent même pas. Ils consomment une image… et la recrachent en boucle.
Et dans cette boucle, la culture western/country devient un fond vert : quelque chose qu’on utilise, qu’on remplace, qu’on oublie.
Jusqu’à la prochaine tendance.
commentaires
itsdolly
2026-04-22
Well said honey !
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